Benoit Bremer a grandi dans la baie de Somme, sa passion pour la photographie prend vie au parc du Marquenterre dans les années 80.

« Des photographes venaient de plusieurs horizons afin de photographier le parc et les oiseaux. Moi je trouvais ça super de figer les instants de vie d’un animal ».

Dès ses 14 ans, on lui offre son premier appareil photo argentique.

« C’était un Praktica équipé d’un 50mm, une antiquité. J’utilisais des pellicules kodachrome 64 car le développement des diapositives étaient inclus. »

Un engagement certain

Certaines rencontres sont importantes dans les choix d’une vie. En effet, Benoit aura la chance d’échanger avec de grands noms de la photographie. Ces entrevues l’inspirent.

La Citadelle – Benoit Bremer

Tout d’abord Nicolas Hulot.

« Je devais avoir 15 ou 16 ans, je venais de lire son livre Les chemins de traverses dans lequel il évoque son passé de grand reporter photographe au sein de l’agence Sipa. L’échange ne dura que quelques minutes mais il marquera toute mon adolescence. »

Plus tard Benoit aura l’occasion de rencontrer un photographe du National Géographic.

« Il parcourait le monde pour photographier les cavaliers mythiques. J’étais fasciné par ce métier qu’il me décrivait. Il ne parlait pas vraiment de photographie mais plutôt de ces rencontres avec des peuples lointains et me décrivait les paysages qu’il a eu l’occasion de photographier. J’étais totalement ébahi. Je pense que c’est à ce moment là que la photographie, et l’image en général, prendront une place énorme dans mon esprit. Bien plus tard, j’aurai la chance de bénéficier de ces conseils lorsque que je prendrai mon indépendance. »

Benoit Bremer

Une quête vers le métier de photographe

Benoit ne s’est pas tout de suite jeté à l’eau. Régulièrement, il photographie la baie de Somme. Nous sommes en 1997, Il travaille au Parc du Marquenterre en tant que guide et il réalise des panneaux pédagogiques de médiation.

Le Crotoy – Benoit Bremer

Un peu plus tard, salarié dans une association culturelle, il effectue des reportages vidéos pour une télévision de proximité, que l’on appelait à l’époque Télés brouette. Le concept était simple : la réalisation de reportages qui mettent en lumière la vie des artisans, paysans et villageois locaux. Les reportages sont retransmis dans des cafés et se poursuivent avec des débats.

« Au sein de cette association je découvre et j’apprends ce que sont : la transmission, les traditions, les métiers disparus, le patrimoine rural »

Tout cela mûrit dans la tête de Benoit, il veut retranscrire l’humain dans son environnement ; l’image ne l’a jamais quitté. C’est à la saint sylvestre 2002 que le déclic se produit.

« J’étais chez des amis, je me souviens très bien de cet instant suspendu. Tout le monde parlait de son mal-être au travail, je trouvais qu’on ne prenait pas les bonnes décisions. C’est à cet instant précis, que je me décidais de me lancer à mon compte, pour faire ce qui me plait vraiment : de la photographie. »

Benoit Bremer

Début d’une nouvelle aventure en photographie

Benoit envoie des books pendant près de 8 mois, mais sans retour.

A force de persévérance, il obtient un rendez-vous auprès d’une structure spécialisée dans la gestion de milieux naturels, et se voit offrir l’opportunité de réaliser des photographies pour la couverture d’un livre sur la Baie de Somme tiré à 100,000 exemplaires.

Veau marin – Benoit Bremer

« Nous sommes fin 2002, je décide de partir en Baie de Somme, il fait un temps horrible, dans une espèce de brume, deux cormorans passent. Je les suis dans le viseur, ils passent au large du phare du Hourdel, je déclenche.’’

Benoit Bremer

C’est cette photo qu’il envoie. Elle est choisie pour la couverture. Le livre sortira en 2003.

« C’est à ce moment que ma vie de photographe professionnel commence. »

Les inspirations de l’artiste

Le photographe est inspiré par deux thèmes préférentiels : d’abord, tout ce qui est lié à la nature, à ce qui nous entoure.

Etaples – Benoit Bremer

« Mes photographies sont des paysages où parfois j’intègre le vivant, animal ou végétal. L’essence de la photo est là pour moi. Elle consiste a figer un moment de vie sur la pellicule en un cent vingt cinquième de seconde. Un paysage, c’est le vivant : Au fil des années, il change. Les éléments le façonne, à cela nous n’y pouvons rien. Nous ne pouvons qu’être spectateur. »

Benoit Bremer

Le deuxième thème est lié aux patrimoines : matériel (les monuments, bâtiments et édifices) et immatériel (les traditions.)

L’artiste dévoile également un de ses pêchés mignons: La mise en scène.

Le photographe se passionne à mettre en lumière la vie passée. Il a, à ce titre, créé les affiches des Misérables mais a également réalisé des séries comme : Montreuil-sur-Mer au temps des Misérables, Hôtels particuliers, la Cantia, etc…

« C’est de la pure fiction, je m’inspire de la peinture flamande que j’adore. J’utilise le flash, en intérieur comme en extérieur, et je reviens à l’essentiel de la photographie: Peindre et écrire avec de la lumière. Je suis maître des éléments et dirige cette lumière telle que j’ai envie qu’elle soit. Chose quasiment impossible à réaliser en lumière naturelle. La photographie fiction, c’est pour moi revenir au propre de l’homme que de vouloir tout maitriser.’’

Benoit Bremer
la Cantia – l’enfant – Benoit Bremer

De la préparation à la réalisation…

Chaque projet a ses injonctions particulières et nécessite de se rendre sur les lieux, même lorsque l’endroit est familier à l’artiste, afin de raccorder à la demande du projet.

Ainsi, Benoit réalise des croquis qui vont lui permettre de comprendre comment la lumière se place, la géographie, l’histoire, l’environnement des lieux.

« Il arrive très rarement que la première photo soit la bonne »

Benoit a toujours un appareil photo sur lui, et prend des instantanés quand il le faut.

« Mes réalisations dépendent de la météo, j’aime beaucoup travailler avec un ciel perturbé, un ciel tout bleu n’a aucun sens pour moi, si ce n’est que pour certaines brochures à la demande des diffuseurs. »

Le photographe professionnel répond à toutes sortes de projets et pas uniquement à ceux pour lesquels il se définit.

Nouveaux projets pour de nouvelles contraintes…

Le confinement a eu un fort impact pour les photographes. L’incapacité de se déplacer pour prendre des clichés pose problème.

La madeleine, vue du front Est – Benoit Bremer

« Je ne pouvais pas vraiment faire de paysages d’hiver par exemple. »

Mais Benoit a su tirer son épingle du jeu et a profité de ces longues semaines de confinement pour satisfaire la demande des entreprises qui se lancent dans les services en ligne et aussi pour créer un blog à venir.

L’artiste y exposera ses photographies accompagnées d’un reportage agrémenté du fil de sa pensée. Son vécu, son ressenti, ses émotions à l’instant T. Voilà ce que Benoit propose, un blog pour une introspection à partager. Il y abordera des thèmes variés, replacés dans leurs contextes.

Ainsi nous entrons dans l’œil, dans l’esprit de l’artiste face à son art et à son imagination. Cette fenêtre ouverte dans la bulle du photographe nous permettra, à nous spectateur, de comprendre l’émotion, le sens, l’intention à travers l’histoire que sa photographie raconte.

« J’aime beaucoup Sylvain Tesson, il raconte ses voyages en y glissant ses pensées. Il explique dans son dernier roman, par exemple, qu’en restant prostré dans une caverne pendant deux jours pour réaliser une photographie (avec le photographe Vincent Munier), il comprend le sens de la solitude. Il mélange alors son expérience avec les souvenirs personnels qui lui viennent à ce moment là. C’est pour moi, là, que la définition du travail d’artiste prend son sens. Il consiste à réfléchir à la vie qui nous entoure, à être dans sa bulle, un instant où l’on vit quelque chose. Le travail d’artiste est une introspection, avec énormément de frustration, et c’est dans celle-ci que l’on va se chercher, sans jamais réaliser ce que l’on veut vraiment. Je ne suis jamais pleinement satisfait. J’ai besoin de partager mon travail pour entendre l’avis d’autres personnes, et même s’ils font état de leur enthousiasme, je continue à douter. »

Benoit Bremer

https://www.benoitbremer.com/

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